ObsPol soutient ces actions

21.12.2021 – Carte blanche du Collectif Outils solidaires contre les violences policières

Il s’appelait Mohamed Amine Berkane.
Il était algérien.

Il avait 26 ans.

Il est mort en cellule à Bruxelles.

Presque 1 an jour pour jour après le décès d’Ilyas Abbedou, âgé de 29 ans et mort dans le même commissariat de Bruxelles, le décès de Mohamed Amine Berkane ravive une colère et une inquiétude légitime sur les violences de la police bruxelloise. Le 18 janvier 2021, Ilyas Abbedou, un jeune homme de 29 ans de nationalité algérienne, était arrêté au centre commercial du DOCKX à Bruxelles pour le vol présumé d’une veste. Ilyas fut transféré au commissariat de la rue Royale et retrouvé mort le lendemain aprèsmidi. Une mort
tragique et sordide qui n’a toujours pas été élucidée jusqu’à aujourd’hui ! « On croyait qu’il dormait lorsqu’on s’est aperçu qu’il y avait du sang qui coulait sur son visage…et qu’il était déjà mort« , déclare l’un des agents responsables de sa surveillance.

L’histoire se répète un an plus tard, avec Mohamed Amine Berkane, alors âgé de 26 ans.

Mohamed Amine Berkane a été arrêté le 12 décembre dernier, près de la Bourse pour un vol présumé d’un téléphone portable. Il était en compagnie de son ami Hicham [le prénom a été modifié], lui aussi embarqué pour les mêmes faits. Hicham est placé dans une cellule pour mineurs alors que Mohamed Amine est placé dans une cellule pour adultes. Ce traitement différencié ne s’explique pas car les deux jeunes garçons avaient quasiment le même âge.

Hicham raconte avoir entendu Mohamed crier très fort et « puis plus rien« . Mohamed passe la nuit dans sa cellule et reçoit un petit déjeuner le lendemain matin mais son repas de midi ne lui a pas été délivré car : « On pensait qu’il dormait«  justifient les policiers. Quand l’état d’inanition de Mohamed est déclaré, les policiers n’appellent pas directement le SMUR, mais une ambulance. Les secouristes ne réussissent pas à le réanimer et ce sont finalement les services d’urgence et un médecin urgentiste qui arrivent sur place pour constater le décès vers 15:00.

Pourquoi les agents de police ne se sonttils pas inquiétés plus tôt ? N’y avaittil pas moyen d’agir plus rapidement ? Des minutes vitales qui auraient pu éviter ce deuxième drame. Les policiers de la RAC (la garde zonale de la zone de police de BruxellesCapitale
Ixelles) semblent avoir une « fâcheuse tendance » à oublier leurs détenus en cellule et à constater leur décès sans pouvoir en expliquer les raisons.

Mohamed Amine a été vu par un médecin avant son incarcération mais celuici n’a pas signalé d’obstacle physique et médical à un placement en garde à vue.

Arrêté et privé de liberté, Mohamed s’est retrouvé dans une situation de grande vulnérabilité et les policiers étaient dans l’obligation de s’assurer qu’il ne courrait aucun danger. Toutes les cellules sont d’ailleurs équipées de caméras de surveillance qui sont
en permanence contrôlées et qui auraient donner l’alerte au moindre souci. Il s’agit ici d’une situation de nonassistance à personne en danger. Voire pire. Son ami Hicham, sorti vivant de ce commissariat mais traumatisé, s’est confié : « Au commissariat, les
policiers savent où sont les caméras. Ils nous frappent quand ils savent qu’ils ne seront pas filmés.« 

Les tous premiers articles sortis dans la presse au lendemain de la mort d’Ilyas et de Mohamed Amine, n’ont pas échappé à la règle de la criminalisation des victimes. Ils utilisent un argumentaire qui tourne autour de la prise de stupéfiants par exemple. C’est un classique. Les journalistes s’appuient sur la version de la police, partie prenante dans l’affaire. Ainsi, les journalistes communiquent la version policière, rendant la victime responsable de sa propre mort. Nous sommes en droit de questionner sur la version policière et de demander comment Mohamed Amine aurait bien pu être en possession de « stupéfiants » alors que les détenu.e.s sont fouillé.e.s avant l’entrée en cellule et leurs effets personnels confisqués.

Ilyas et Mohamed Amine étaient tous les deux algériens. Tous les deux avaient moins de 30 ans. Et tous deux étaient des personnes sans papiers à Bruxelles. Plutôt que de les criminaliser et de les stigmatiser, nous devons nous interroger sur leur situation de grande
vulnérabilité et de précarité. Nous devons nous inquiéter du contexte actuel qui favorise la déshumanisation des personnes sans papiers et la criminalisation croissante de leur présence en rue. Nos politiques actuelles mettent la vie des personnes sans-papiers en danger et la mort de Mohamed Amine s’inscrit dans un contexte plus large de crimes policiers racistes.

Il y a beaucoup (trop) de points communs entre Ilyas et Mohamed Amine pour invoquer une simple coïncidence. Deux jeunes racisés de moins de 30 ans et sans papiers sont morts dans le même commissariat à moins de 1 an d’intervalle. Il faut aussi souligner que
sans le travail d’enquête de la journaliste, Malika Madi de Divercite.be l’identité du jeune Mohamed Amine n’aurait sans doute jamais été révélée, ce qui nous amène à craindre que d’autres victimes existent sans qu’elles soient connu, passées aux oubliettes, que leur famille ne sont pas contactées, qu’elles ne sont pas enterrées dignement et que justice et vérité ne soient jamais rendues.

Par cette carte blanche nous invitons toutes les forces de soutiens aux sans-papiers et contre les violences policières à se mobiliser autour d’une action collective pour réclamer la justice et la vérité autour de ce nouveau décès. Nous invitons également la Ligue des droits humains et Douche Flux à exiger une enquête indépendante et sérieuse (comme ils l’ont fait dans l’affaire d’Ilyas Abbedou) si la famille de Mohamed Amine ne peut se porter partie civile. Ces invitations sont un minimum aux vues des circonstances obscures de son décès et la répétition de ces évènements tragiques dans le commissariat de la rue royale à Bruxelles.

[Télécharger la carte blanche]


04.05.2021 – La Legal Team en procès !

La Legal Team Collective a reçu une sanction administrative pour avoir fait de l’observation légale lors d’une action ! Nous pensons que c’est inacceptable d’empêcher la legal team de vérifier que les droits des manifestant.e.s et activistes soient respectés. Nous sommes donc en procès contre la Ville de Bruxelles.

La Legal Team est un collectif bénévole composé d’avocat.e.s, de juristes,et de personnes intéressées par les droits des activistes et la lutte contre les violences policières. Nous mettons nos connaissances juridiques à disposition d’activistes, de manifestant.e.s,et e toute personne engagées pour un monde plus égalitaire, solidaire et plus respectueux de tous les humains et de l’environnement. Concrètement, nous donnons des conseils juridiques, des briefings légaux de droits face à la police, nous documentons les comportements policiers en manifestation, faisons le suivi en cas d’arrestation et mettons en contact avec des avocat.e.s spécialisés si nécessaire.

L’audience au Tribunal de Police aura lieu le 4 mai à 8:45.

Nous proposons un petit rassemblement devant le Palais de Justice à 8:15 pour soutenir la Legal Team dans son combat contre les violences policières et pour les droits des manifestant.e.s.

Il y a maintenant un an, le 20 avril 2020, un mois après le début du premier confinement, un rassemblement éclair avait été organisé par des personnes sans-papiers devant la tour des Finances pour demander la régularisation des personnes sans-papiers et la libération des personnes détenues dans les centres fermés. Ce rassemblement n’était pas autorisé, mais les organisateur.rice.s avaient tout mis en place pour ne prendre aucun risque sanitaire.

À la demande des organisateur.rice.s et de la Ligue des Droits Humains, la Legal Team Collective était présente sur les lieux, afin de faire de l’observation légale.

Lors de cette manifestation, il y a eu une arrestation et quelques contrôles d’identité. L’une des membres de la legal team, qui est également avocate, a été interpellée, alors qu’elle était restée sur les lieux afin de savoir si la personne arrêtée allait être relâchée ou emmenée au poste de police, et si celle-ci avait besoin d’un soutien juridique. Elle a ensuite reçu une sanction administrative communale d’un montant de 250 €, infligée par la ville de Bruxelles.

C’est contre cette sanction que nous sommes en procès. Nous espérons aussi qu’une décision de justice reconnaîtra l’importance de notre présence en manifestation et lors d’actions, afin d’éviter à d’autres des abus policiers.

Nous en profitons également pour réitérer notre soutien inconditionnel à toutes les personnes victimes de la répression et des violences policières.

[Source : FB]


20.01.2021 – Carte blanche : Retour sur la manifestation du 13 janvier – Justice pour Ibrahima

Répondant à un appel de la famille et des proches d’Ibrahima Barrie, plusieurs centaines de personnes étaient venues réclamer justice et vérité pour ce jeune homme d’origine guinéenne âgé de 23 ans qui a trouvé la mort dans ce même commissariat à la suite d’une interpellation de la police quatre jours plus tôt.

« Les émeutiers ne s’en tireront pas impunément !« . La sentence du Ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne, est tombée. Le lendemain de la manifestation qui s’est tenue ce mercredi 13 janvier devant le commissariat de police jouxtant la Gare du Nord à Bruxelles, les médias annonçaient 112 arrestations administratives, dont 30 visant des mineurs, ainsi que 4 arrestations judiciaires.

Répondant à un appel de la famille et des proches d’Ibrahima Barrie, plusieurs centaines de personnes étaient venues réclamer justice et vérité pour ce jeune homme d’origine guinéenne âgé de 23 ans qui a trouvé la mort dans ce même commissariat à la suite d’une interpellation de la police quatre jours plus tôt.

Alors que la version policière montre déjà des failles et que de nombreuses zones d’ombre entourent encore la mort d’Ibrahima méritant que toute la lumière soit faite sur les événements, voilà que de nouvelles questions surgissent autour de la responsabilité de la police, cette fois dans les incidents ayant émaillé la seconde partie du rassemblement. Car si le Ministre de la Justice semble déjà situer de manière unilatérale la responsabilité de ces troubles du côté de ce qu’il nomme les « émeutiers« , il n’est pourtant pas sûr que les forces de police en soient totalement exemptes.

Quiconque a assisté à la manifestation pourra témoigner de l’impressionnant dispositif policier mis en place pour encadrer le rassemblement : policiers anti-émeutes, policiers en civil, drone, autopompes, brigade canine et combis en nombre avaient été déployés pour éviter les troubles et assurer la sécurité tout au long du rassemblement autorisé. Si telle semble être l’intention affichée, une série de vidéos et de témoignages relayés sur les réseaux sociaux viennent toutefois la contredire. Ces images mettent en effet à jour l’attitude particulièrement agressive des forces de l’ordre qui n’ont pas hésité à procéder sans sommation au nassage de la foule en bouclant de manière ostentatoire toutes les issues débouchant sur le lieu du rassemblement, alors même que les civils assurant le service d’ordre de la manifestation ainsi que des travailleurs sociaux présents sur place relayaient d’incessants appels au calme. Plutôt que de pacifier l’atmosphère, ce procédé d’encagement des manifestants n’a pas manqué d’attiser les tensions, générant ici et là des jets de projectile vers les policiers ainsi que des mouvements de foule auprès de nombreuses personnes, dont des adultes avec de jeunes enfants qui tentaient de fuir avant que la situation ne dégénère.

Ce qui n’a effectivement pas tardé à arriver : la projection de gaz lacrymogènes vers les manifestants, les tirs de flashball dont la portée peut être létale ainsi que l’activation de deux autopompes a engendré un durcissement des affrontements, qui ont notamment conduit à l’incendie partiel du commissariat ou encore au caillassage du véhicule royal qui s’était retrouvé par hasard au milieu de la foule. Le bilan est désormais connu : plus d’une centaine d’arrestations d’individus dont plusieurs sont restés allongés à même le sol humide durant un certain temps. La plupart des grands médias nationaux et régionaux ont, pour leur part, diffusé les images d’affrontement sans même s’appliquer à comprendre la généalogie des faits, se contentant de relayer le discours d’une police en proie à des émeutiers et fauteurs de trouble cherchant à en découdre.

Si cette rhétorique semble se suffire à elle-même, on se trouve pourtant face à un scénario marqué d’une implacable récurrence qui mérite que l’on s’y attarde. C’est en effet loin d’être la première fois qu’une manifestation impliquant majoritairement des populations non-blanches finisse dans un face-à-face agité avec les forces de l’ordre après que celles-ci aient décidé d’encercler ou de charger la foule. C’est régulièrement le cas lors de rassemblements de protestation contre les violences policières mais ça l’est tout autant en d’autres circonstances : entre autres

  • lors du rassemblement du 22 octobre 2020 organisé par des ressortissants guinéens en signe de contestation des résultats partiels des élections présidentielles en Guinée ;
  • lors du rassemblement visant à dénoncer l’esclavage en Libye du 25 novembre 2017 ou encore
  • lors de la célébration de la qualification du Maroc à la Coupe d’Afrique des Nations le 11 novembre 2017.

Ces quelques exemples montrent, s’il le fallait, que ce qui semble déclencher l’usage disproportionné de la force, voire le recours à la violence, de la part de la police n’est pas forcément le motif même du rassemblement : en effet, qu’il s’agisse de protestation dirigée vers les autorités belges, vers des autorités étrangères ou même d’une manifestation de joie, le risque de dérapage est, dans tous les cas, bien présent. Un état de fait qui tranche avec l’attitude autrement plus complaisante de la police face aux 400 hooligans de l’extrême droite flamande qui avaient pris d’assaut la Place de la Bourse en mars 2016 alors que dans ce contexte, le risque d’affrontement civil était bien palpable. On comprend de ceci qu’au-delà des motivations, c’est le profil même de certaines catégories de manifestants qui semble systématiquement justifier le déploiement d’un dispositif répressif d’exception comme si ces personnes, par le seul fait d’investir l’espace public de manière plus ou moins massive représentaient un danger intrinsèque qu’il faudrait coûte que coûte prévenir. Ce procédé repose sur une pulsion proprement raciste qui consiste à réduire les Noirs et les Arabes à des hordes de sauvageons, appelant des mesures d’exception afin de contenir la menace.

Or, comme l’indique le déroulé des événements de ce mercredi 13 janvier, c’est tout l’inverse qui semble s’être produit. Il s’avère que c’est la nature même de l’intervention des forces de l’ordre qui, loin de jouer un rôle pacificateur, a créé les conditions d’ensauvagement de la foule rassemblée, en favorisant une surchauffe des esprits ainsi qu’une dérive violente des modalités de manifestation. Il apparaît clairement que la présence policière, bien que conséquente, n’a pas permis de contenir les éventuels débordements inhérents à tout rassemblement de masse ; au contraire elle les a rendu possibles en attisant les tensions de même qu’elle a contribué à la mise en danger des manifestants dont une frange s’est laissée envahir par un sentiment de panique.

Ce renversement de perspective permet d’interroger les procédés sécuritaires (en l’occurrence le nassage et l’encerclement) pour ce qu’ils sont : non pas des techniques permettant de prévenir ou de mettre fin à un trouble public mais plutôt un moyen visant d’une part à procéder à des arrestations massives et d’autre part à fabriquer des images sensationnelles consommables par les journaux télévisés. A travers ces techniques, les forces de l’ordre ont la possibilité de ficher un certain nombre d’individus, notamment mineurs, qui jusqu’alors étaient sans doute inconnus d’elles. Cela leur permet par ailleurs d’ancrer dans l’inconscient collectif le stigmate du Noir ou de l’Arabe sauvage et de légitimer de futurs contrôles au faciès en créant un idéal-type criminel, tout en le dépossédant des enjeux qui l’animent et en neutralisant la charge politique du rassemblement qui se voit dissoute dans un flot aveuglant d’images chaotiques. L’expression même de la violence de la part desdits « émeutiers » s’en trouve dépolitisée alors qu’elle dit pourtant quelque chose de fondamental sur le racisme systémique qui rend possible la conclusion par la mort d’une intervention policière.

Partant, si l’impunité est d’entrée de jeu déniée aux « émeutiers« , elle ne peut dans le même temps caractériser l’action de la police. Sur la question circonstancielle des débordements en marge du rassemblement « Justice pour Ibrahima« , il convient d’abord de convoquer les responsabilités politiques en interpellant les autorités locales – en l’occurrence ici celles de Saint-Josse – et fédérales responsables du déploiement d’un tel dispositif répressif. Quels sont le rôle et la fonction que les pouvoirs en place font jouer à la police et à travers quelle chaîne de commandement ? Il s’agit ensuite et surtout de redonner à la manifestation la dimension politique qui était la sienne, en interrogeant les fondements mêmes de l’institution policière ainsi que l’impunité dont elle jouit largement dans la fabrique raciste de corps déshumanisés voués à la possibilité d’une mort brutale et prématurée, comme l’illustrent les cas d’Ibrahima, Adil, Mehdi, Mawda, Lamine, Dieudonné, Akram et tant d’autres.

Khadija Senhadji, socio-anthropologue et militante antiraciste.

[Source : Le Vif]


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Collective Krasny

13.12.2020 – Stop à la criminalisation des militant.e.s contre les violences policières

Nous avons pris connaissance d’un arrêté du bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Philippe Close, contenant l’ordonnance d’interdiction de manifester le 5 décembre à l’égard du rassemblement « Stop à la justice de classe, stop à la justice raciste« . Cet arrêté ne nous a pas été transmis, mais publié en ligne et affiché sur la place Poelaert. Le contenu de cet arrêté est tout bonnement inacceptable du point de vue démocratique. Nous dénonçons les allégations mensongères, les
amalgames et les calomnies utilisés dans cet arrêté et qui constituent le signe d’un glissement dangereux de l’approche policière sous l’influence d’une vision du monde et de pratiques d’extrême-droite, le tout cautionné par le bourgmestre de la Ville de Bruxelles.

L’arrêté dénote une méconnaissance flagrante quant à l’organisation de la manifestation. Comme s’il n’y avait pas 25 organisations et associations regroupées autour de l’appel, l’arrêté s’en prend tout
particulièrement à Axel Farkas, militant chargé par les signataires de contacter la police en le décrivant, sans aucune preuve, comme un « activiste bien connu [sic] pour chercher la confrontation
avec la police« . Il est ensuite ajouté que « celui-ci refuse de façon catégorique le dialogue avec la police« . La Gauche anticapitaliste, avec laquelle il milite, y est décrite comme un « groupe d’extrême gauche qui a souvent participé à des manifestations émaillées d’incidents« , dans un mécanisme de suggestion qui vise à faire porter la responsabilité d’éventuels incidents sur les coupables idéaux.

Ce texte dénote une vision policière conspirationniste des mouvements sociaux, qui n’existeraient non pas comme expression de contradictions sociales et politiques, mais simplement comme pur produit de petits groupes manipulateurs. La police de Bruxelles-ville sait pourtant très bien que nous avons fait, par l’intermédiaire d’Axel, une série de contre-propositions constructives afin de maintenir le rassemblement et l’expression démocratique de nos revendications, tout en veillant aux règles sanitaires, mais que toutes les contre-propositions des organisateur/trices ont été rejetées.

La suite du texte renforce la vision conspirationniste du rapport de police, amalgamant pêle-mêle les collectifs de soutien aux victimes, la Gauche anticapitaliste, « les anarchistes » [sic], les « jeunes de quartiers sensibles » [sic]. Ces différentes organisations et groupes d’individus y sont accusés de façon grossière, collectivement et sans preuve, d' »incidents » dont on ne connaît pas la teneur exacte mais dont tout laisse à penser que la police n’y inclut pas la gestion lamentable et la répression zélée et violente qu’elle a à chaque fois exercée sur les mouvements cités (Black Lives Matter, La Santé en lutte, et les protestations qui ont eu lieu suite aux décisions judiciaires récentes). La mise à l’écart du commissaire Vandersmissen à la suite des « incidents » autour de la manifestation de la Santé en lutte devrait inciter la police de Bruxelles à plus de retenue dans ses allégations et à faire le ménage dans ses rangs avant de tenter de calomnier des manifestant.e.s.

Enfin, le texte invoque comme l’on pouvait s’y attendre, le risque sanitaire comme prétexte pour interdire notre rassemblement, alors que lors des échanges de mails avec la police nous avions clairement et explicitement démontré que nous prenions les mesures nécessaires à ce sujet, tandis que des milliers de personnes envahissaient les commerces de la capitale. Faut-il en conclure que pour le bourgmestre socialiste de la Ville, les profits du commerce, où s’entassent les gens dans des conditions sanitaires bien moins sécures qu’un rassemblement à l’extérieur avec distanciation, passent avant les droits démocratiques ? Poser la question c’est y répondre.

Ce qui nous indigne aussi et nous révolte dans cette attitude et ces mensonges affichés publiquement par cet arrêté, c’est que cela ressemble fort à une menace et à un règlement de comptes. Pire encore, la manière dont cet arrêté est libellé, le sous-entendu de tout le texte, semblait fait entièrement pour justifier à priori des violences policières pour le cas où nous aurions maintenu le rassemblement. La rhétorique du texte et les amalgames d’extrême-droite qu’il contient ne peut que confirmer notre préoccupation grave quant à l’évolution des forces de police en Belgique et à Bruxelles en particulier, dans un contexte de durcissement autoritaire global, jusque et y compris chez nos voisin.e.s de France, et d’une instrumentalisation de la pandémie de Covid-19 pour opérer un tournant répressif afin de multiplier les interdictions de l’expression démocratique citoyenne.

Cet arrêté indigne et honteux témoigne pour nous de la volonté politique de casser l’unité des collectifs, des familles de victimes de violences policières, avec des organisations de gauche, féministes, syndicales, antiracistes et de donner la priorité aux profits du commerce sur la défense des droits fondamentaux des habitant.e.s. Cette énième provocation démontre une nouvelle fois la
nécessité de nos mobilisations et la justesse de nos revendications. Cela constitue donc un nouvel encouragement à nous mobiliser dans le futur pour nos droits démocratiques et sociaux, contre l’arbitraire.

  • Nous interpellons les élu.e.s des partis démocratiques au conseil communal, afin qu’iels condamnent cette manœuvre d’intimidation et de calomnies de la part de la police bruxelloise.
  • Nous interpellons le bourgmestre Philippe Close, politiquement responsable de la « main lourde » de sa police à de multiples reprises ces dernières années, chaque fois que nous avons été dans la rue, avec nos différences, pour défendre nos droits.
  • Nous interpellons les militant.e.s, avec ou sans papiers, les syndicalistes et citoyen.ne.s soucieu.x.ses de leurs droits fondamentaux pour qu’iels refusent l’intimidation et la criminalisation envers les classes populaires et les mouvements sociaux.

Nous sommes indigné.e.s et nous continuerons, uni.e.s et vigilant.e.s, à nous défendre contre les violences policières.

Nous défendrons les militant.e.s calomnié.e.s, violenté.e.s et harcelé.e.s, … comme nous soutenons les militant.e.s syndicaux condamné.e.s à de la prison avec sursis alors qu’ils agissaient dans le
cadre d’une action de grève.

Nous continuerons à exercer notre droit démocratique à manifester dans l’espace public pour défendre les droits fondamentaux face aux violences et à l’arbitraire policier.

Stop à la justice de classe, stop à la justice raciste, stop aux violences policières.
Organisations signataires :
  • Actrices et acteurs des temps présents
  • ATTAC Bxl
  • Carta Academica
  • Extinction Rebellion Mons/Borinage
  • La coalition Faire Front
  • La Coalition KAYA
  • Gauche anticapitaliste / SAP – Antikapitalisten
  • Groupe montois de Soutien aux Sans-Papiers
  • Jeunes organisés et combatifs (JOC)
  • Labo VZW
  • Les NouvELLES Antigone
  • Mons se bouge pour le climat
  • Le Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC)
  • ObsPol, L’Observatoire des violences policières en Belgique
  • Quinoa asbl
  • Rencontre des Continents asbl
  • Stand Up tegen racisme en fascisme
  • Vrede VZW
Signataires individuel.le.s :
  • Marijke Colle, ecofeministe, SAP-Antikapitalisten
  • Kristel Cuvelier
  • Simon Darimont, secrétaire général Jeunes FGTB
  • Ludo De Brabander, woordvoerder Vrede VZW
  • Ida Dequeecker, feministe
  • Bruno De Wit, vakbondsafgevaardigde BBTK-Mechelen Social profit
  • Evie Embrechts, schrijfster
  • Vincent Godderis
  • Hafid Kaddouri, Activist, Weerwerk
  • Orhan Kilic, actief bij NavBel
  • Jacinthe Mazzocchetti, professeure UCLouvain
  • Herman Michiel, actief in Ander Europa
  • Daniel Richard, secrétaire régional FGTB Verviers
  • Daniel Tanuro, militant écosocialiste et auteur
  • Flor Vandekerckhove, blogger, dichter
  • Isabelle Vandenberghe – citoyenne
  • Steven Vermeulen
  • Grégoire Wallenborn
  • Thomas Weyts, SAP-Antikapitalisten, Stand Up tegen racisme en fascisme

23.11.2020 – Justice et Vérité pour Mawda

Nous continuons à exiger un procès d’assises, à travers la qualification des faits en « meurtre« 

Ce 23 novembre débute, au tribunal correctionnel de Mons, le procès du policier et de deux présumés « passeurs » dans le cadre du meurtre de Mawda.

Nous demandions les Assises pour des faits d’une telle gravité; les faits ont été correctionnalisés. Si nous continuons à exiger un procès d’assises, à travers la qualification des faits en « meurtre« , c’est aussi bien pour assurer à cette affaire une large audience en présence directe des témoins (qui auraient à répondre à la fois aux questions  des juges, des jurés et des avocats des parties) que pour instruire les responsabilités politiques qui ont rendus possibles, à la fois la mort, les tentatives policières de la cacher ainsi que les mensonges du  Parquet tout au long de l’instruction.

Le meurtre de Mawda, dans la nuit du jeudi 17 au vendredi 18 mai 2018, des suites d’un tir policier a eu lieu dans le cadre des opérations Médusa de traques aux migrants, qui elles-mêmes s’inscrivent dans une politique raciste de fermeture des frontières, aux échelles belges et européennes.

Incriminer le seul policier ou, pire, focaliser l’attention sur les seuls « passeurs » sont des manières d’éviter de mettre en cause les responsabilités politiques multiples de ceux qui organisent la chasse aux migrants. Si le bras armé policier a sa place sur le banc des accusés, sa présence cache celle des organisateurs de ces opérations. Sur le banc des accusés ne figurent pas les instigateurs de ces opérations, pas plus que les ministres qui les perpétuent ou les couvrent (Gouvernement Michel, Gouvernement De Croo). Par ailleurs, la responsabilité policière et judiciaire est engagée. Il s’agit d’abord des techniques d’intervention, des formes de déshumanisation des migrants à caractère raciste — tirer sans être en
état de légitime défense est inacceptable, ce n’est pas un « défaut de prévoyance », c’est un crime.

Sur le banc des accusés ne figurent pas les instigateurs de ces opérations

Il s’agit ensuite de l’organisation des multiples mensonges que se permettent des policiers. Juste après les faits (lire l’enquête de Michel Bouffioux), les versions s’alignent. Dès les premières minutes après le meurtre se met en place une coalition de fonctionnaires, le Parquet n’est pas appelé et aucune zone d’exclusion judiciaire n’est mise en place, le tireur est invité à rentrer chez lui sans qu’il n’ait fait l’objet d’aucun interrogatoire circonstancié et couché sur procès-verbal. Il est simplement informé par son chef de poste qu’il n’y aura pas de poursuites, qu’il peut rentrer chez lui. Il reçoit aussi comme conseil de rédiger un procès-verbal pour « rébellion armée » contre lui. Au lendemain de l’enterrement, les policiers présents le jour du meurtre (à l’exception du tireur) vont se réunir pour accorder leurs versions.

De la thèse de l’hématome crânien dû à une chute de la camionnette, à celle, odieuse de l’ « enfant bélier » puis à celle de l’ « embardée« , en passant par l’ « échange de tir« , les versions de la police et du Parquet se sont succédées avec comme effets d’instruire à décharge de la police et de fournir au tribunal correctionnel des éléments pour blanchir ce crime policier. Il s’agit aussi de la couverture des thèses policières par le Parquet s’empressant de valider toutes les versions successives jusqu’à celle de la camionnette ayant servi d’ »arme par destination » sans à aucun moment poursuivre les mensonges, les coalitions de policiers, les entraves à la justice, les tentatives de corruption de témoins qui constituent pourtant des crimes graves. Il s’agit là de coalitions de fonctionnaires manifestes, non seulement entre policiers mais qui par l’attitude du parquet impliquent aussi procureurs et magistrats.

De SEMIRA ADADMU à JOZEF CHOVANEC : une politique criminelle

L’affaire Mawda est aussi une affaire de violence policière instituée. Elle renvoie à tout ce que se permet la police sur les corps qualifiés  d’étrangers (Adil, Mehdi pour lequel la chambre du conseil a prononcé le un non-lieu, Lamine Bangoura étouffé par 8 policiers qui ont bénéficié en première instance d’un non-lieu, etc.):

  • Techniques utilisées,
  • Opérations prioritaires,
  • Disparitions d’images et de preuves mettant en cause la police,
  • Instructions bâclées,
  • Coalition de fonctionnaires, etc.
Mettre fin aux violences racistes d’État !

Autour du procès, il s’agit donc :

  • D’exiger le démantèlement des opérations Medusa et des « chasses à l’homme » comme mesure prioritaire pour instaurer des voies sûres de migration
  • D’exiger, par une commission d’enquête parlementaire ad hoc — que l’ensemble des partis politiques s’échinent à ne pas exiger — la mise à jour des responsabilités politiques dans la mort de la petite Mawda
  • D’abolir les politiques racistes et meurtrières des frontières de l’UE et de la Belgique en démantelant Frontex et en réformant en profondeur la politique migratoire européenne (notamment par l’abolition du cadre Dublin transformé qui ne fera qu’accentuer les expulsions)
  • D’instaurer un droit nouveau de la migration instruit des enjeux des dérèglements climatiques et des déséquilibres et inégalités structurelles post-coloniales afin d’assurer la libre circulation et installation
  • D’imposer le démantèlement des formes de violences policières par tous les moyens techniques et politiques nécessaires
  • D’en finir avec l’impunité des crimes policiers
  • De régulariser les personnes sans-papiers résidant en Belgique à la fois comme mesure d’accès aux soins de santé, au travail, à la sécurité sociale, au droit au logement, etc. mais également comme mesure de réparation post-coloniale dans le cadre de la commission « Vérité et Réconciliation« . 
Organisations signataires
  • Groupe Montois de Soutien aux Sans-Papiers
  • Gauche Anticapitaliste
  • Le Village du Monde
  • JOC Bruxelles
  • Comité Mawda – Justice et Vérité
  • CEPAG – Mons Borinage
  • Bruxelles Panthères
  • ObsPol – Observatoire des violences policières en Belgique
  • Théâtre des Rue
  • FGTB Wallonne
  • Marche des Migrants de la Région du Centre

[Télécharger l’appel]


02.11.2020 – Appel à la mobilisation : Les policiers vont-ils s’en sortir sans procès alors que la reconstitution des faits est accablante ?

Le Comité Justice Pour Lamine appelle à la mobilisation. Les policiers vont-ils s’en sortir sans procès alors que la reconstitution des faits est accablante ?

Le 7 mai 2018 Moïse Lamine Bangoura est tué par la police de Roulers à son domicile. Ce jour-là, Lamine Bangoura reçoit une visite domiciliaire de huit policiers pour l’expulser de son appartement. À la suite d’une opération musclée pendant laquelle des violences oppressives au niveau du cou sont exercées sur le corps de Lamine qui est couché, celui-ci perd la vie.

Jusqu’à présent aucun chef d’accusation n’a été retenu contre les policiers (non-lieu prononcé le 26 mai à Courtrai) qui le jour de la visite domiciliaire effectuée chez Lamine pour l’expulser de son appartement en raison d’un retard de paiement ont fait preuve d’une brutalité en acte, en complicité, en mensonge, en silence et en cynisme qui ne peut s’expliquer que si l’on prend en compte la variable négrophobe, la pulsion raciste et négrophobe qui a conduit Lamine Bangoura à son décès.

Ci-dessous, un résumé de l’article du Morgen :

« Il fait semblant d’être mort » a dit un agent de police.
Sur base d’images qui ont été prises, de l’enregistrement audio (situation report) envoyé à la centrale de police et sur base des déclarations des policiers au Comité P, l’article de Samira Atillah et de Douglas De Coninck reconstitue minute après minute ce qui s’est passé le lundi 7 mai 2018.

En confrontant les sources, l’article révèle d’énormes contradictions entre les déclarations au Comité P et ce qui s’est passé : lorsque les policiers immobilisent Lamine, le mettent à terre, le menottent, encerclent le haut et le bas de son corps de sangles et se mettent à exercer une forte pression sur son thorax (à ce moment-là Lamine a déjà été saisi au niveau du cou par une prise genre « clé d’étranglement« ), Lamine ne représente absolument aucun danger pour l’intégrité physique des policiers. C’est pourtant ce que les policiers vont essayer de prétendre lors de leur déclaration au Comité P ; des déclarations qui sont faites un mois après les faits. Ils prétexteront un comportement menaçant à l’aide d’un couteau de cuisine. Le narratif en termes de comportement agressif et menaçant sera repris par le juge de la Chambre de Conseil de Courtrai (non-lieu prononcé le 26 juin).

Les sources révèlent que lorsque l’ambulance est appelée, il n’est fait aucune mention aux ambulanciers des soins qu’il s’agira d’apporter à Lamine. Lorsque les ambulanciers arrivent, en réalité, Lamine est déjà mort. L’état d’agitation de Lamine que les policiers énoncent à plusieurs moments, notamment lorsqu’il faut appeler des renforts est totalement surévalué. Lorsque cet état d’agitation devient réel, c’est-à-dire qu’il résulte des pressions asphyxiantes exercées sur son corps, les policiers n’interviennent pas. Ils ne font rien pour faire en sorte de réanimer Lamine. Alors que Lamine est en train de partir, les policier continuent à fantasmer sont état (« Il fait semblant de mourir » dit un policier). L’état de Lamine n’est a aucun moment perçu pour ce qu’il est.

Le juge du Conseil de Courtrai prononce un non-lieu prétextant que l’usage de la force a été proportionnel à l’agitation de Lamine ; celui-ci serait sous l’emprise de stupéfiants (qui se révéleront des traces insignifiantes). L’autopsie montre pourtant bien que Lamine est mort d’asphyxie de contention : « asphyxie chez une personne fixe dans un état agité« . Selon les pathologistes, la suffocation peut-être déduite de « quelques petites contusions dans la structure du larynx« . Ces résultats indiquent une violence mécanique (limitée) au niveau de la gorge. Les médecins légistes écrivent : « C’est un phénomène bien connu que la contention physique des personnes agitées peut s’accompagner d’un taux de mortalité très élevé« .

Les audios indiquent qu’il régnait au domicile de Lamine une situation de non-droit : les policiers ne répondent plus aux appels de la centrale pendant de longues minutes, ils exercent une pression thoracique très longue sur le corps de Lamine contraire aux prescrits méthodologiques formulés par les formations de la police, ils appellent la croix bleue pour se débarrasser du chien avant même que Lamine ne soit déclaré mort. Les comportements des policiers affichent un cynisme choquant s’exprimant par des rires et par un sadisme évident « On appellerait pas le corbillard tant qu’on y est ? » dit un policier au moment où ils appellent la croix bleue.

Il est clair que les policiers agissent en âme et conscience dans un rapport qui est raciste. Les déclarations supposées décrire le comportement de Lamine transpire de ce racisme : « Il a sauté de nulle part sur le siège. A ce moment, j’ai vu qu’il tenait un couteau dans sa main droite ; la lame était dans la direction de son poignet, son avant-bras. Je vois cela et je crie « arme » à mes collègues, sans dire que c’était spécifiquement un couteau. Je suis sorti immédiatement pour me mettre à l’abri« . Comme le souligne les deux journalistes, cette scène qui est racontée au Comité P (un mois après leur crime) est irréaliste. Elle n’est, d’une part, pas transmise à la centrale. D’autre part, à 11:50 le couteau n’est absolument plus un problème. Il est dans une autre pièce, tout comme le chien est dans le jardin et ce bien avant que les policiers se mettent à maîtriser Lamine.

Le corps de Moïse Lamine est encore toujours à la morgue. La famille n’a pas encore pu effectuer son deuil. Il semblerait qu’un chantage ait été exercé sur les parents de Lamine : celui de la libération du corps de Lamine en échange d’un abandon des poursuites contre les policiers. Le 10 novembre, en chambre des mises en accusation de Gand l’avocat de la famille, maître Alexis Deswaef, va plaider le renvoi des policiers en correctionnelle.

Le 10 novembre, la famille Bangoura aura besoin de notre soutien pour que le crime commis ne soit pas laissé sans jugement. En soutien à la famille Bangoura, nous vous invitons à vous montrer présents devant le Tribunal de Gand dans le respect des règles de distanciation sociale et des gestes barrières.

  • RDV devant la Chambre des Mises en accusation de Gand à 14h.
  • Adresse : Koophandelplein 21
  • Itinéraire : Depuis la gare de Gand St-Pierre, prendre le tram 1 direction centre ville (Evergem Brielken) et descendre au 6ème arrêt Korte Meer. Le Tribunal se trouve à 100 mètres.

IMAGES DE L’ASSASSINAT DE LAMINE

Attention, les images que contient ce montage vidéo-son réalisé par les deux journalistes de De Morgen (Samira Atillah et Douglas De Coninck) et publiées aujourd’hui lundi 2 novembre 2020 sont très dures.

Il s’agit de les diffuser non pas pour provoquer de sensationnalisme autour de la mort de Lamine mais pour que la vérité des circonstances de sa mort soit révélée et pour que cessent les intimidations et les mensonges autour de ce qui s’est passé le 7 mai 2018.

Ces images ont été prises par le serrurier présent lors des faits qui à l’inverses des autres acteurs-témoins a senti la nécessité de réagir en prenant son téléphone et en filmant une partie de la scène.

[Voir aussi la video]

[Source : Comité Justice pour Lamine sur IndyMedia BXL]


27.06.2020 – Carte Blanche du Comité Mawda : “On ne tue pas les petites filles d’une balle dans la tête. Jamais.”

L’affaire de la mort de la petite Mawda dans la nuit du mercredi 16 au jeudi 17 mai 2018, sur une autoroute belge, près de Mons, revient au tribunal ce vendredi 26 juin. La chambre du conseil de Mons devra décider du renvoi devant le tribunal correctionnel du policier et de deux migrants soupçonnés d’être le passeur et le chauffeur de la camionnette.

Le procureur veut le renvoi du policier pour homicide involontaire et des deux migrants pour rébellion armée et entrave méchante à la circulation.

Rappelons qu’aucun migrant n’avait une arme. Seul le policier a tiré. En utilisant son arme, il savait qu’il pouvait tuer quelqu’un et il a effectivement tué Mawda, une petite fille de 2 ans, touchée en pleine tête.

Cette affaire pose de nombreuses questions sur le fonctionnement de notre société.

Qu’est-ce qui dysfonctionne dans la formation des policiers pour qu’il ait cru légitime de tirer sur une camionnette de migrants qui fuyaient ?

Qu’est-ce qui se passe dans la tête d’un policier pour que l’arrestation lui semble tellement vitale que la mise en danger de vies humaines soit nécessaire à ses yeux ?

La même question doit se poser pour Mehdi, pour Adil, pour Sabrina et Ouassim. Ils s’enfuyaient, certes, mais est-il nécessaire de les en empêcher à tout prix. Au prix de leur vie ?

L’école de police n’apprend-t-elle pas aux futurs agents qu’une vie humaine prime sur une arrestation ? Que rien ne justifie la mise en danger ou l’atteinte à l’intégrité physique ?

Doit-on encore rappeler qu’on ne tue pas les gens !

Mais au-delà de la formation des policiers et de l’organisation du corps de police comme institution prônant la violence, nous devons nous poser des questions sur l’organisation de l’impunité. Le pouvoir judiciaire sait cette violence, il la voit et il ferme les yeux.

Pourquoi la justice toujours prompte à condamner est-elle aussi indulgente quand il s’agit de policiers ?

Tous ceux et celles qui ont déjà été confrontés à la justice ont vu la sévérité avec laquelle sont condamnés de petits délinquants – surtout s’ils sont étrangers et sans-papiers. A l’opposé de cette sévérité, les juges et les procureurs sont compréhensifs et indulgents dès qu’il s’agit de policiers. Ils excusent la violence, tolèrent le racisme, justifient l’illégalité.

Il faut que cela cesse. La violence policière n’est pas légitime. Elle est intolérable. Rien ne l’excuse. Mawda n’aurait pas dû mourir, parce que le policier n’aurait pas dû tirer. Même si le chauffeur s’enfuyait, même si le passeur passait, même si… aucune excuse n’est audible.

On ne tue pas les petites filles d’une balle dans la tête. Jamais. 

Un non lieu ou une suspension du prononcé pour le policier serait une véritable provocation. On ne tire pas en pointant son arme vers le chauffeur de la camionnette sans intention de tuer, la qualification d’homicide involontaire est absolument inappropriée, si cette qualification était retenue par la chambre du conseil de Mons, cela pourrait être interprété comme un permis de tuer implicite. Même le comité P rappelle que l’on ne tire pas sur une “cible en mouvement”. Il est temps de mettre fin à l’impunité !!!

Organisations signataires

Comité Mawda, vérité et justice – Bruxelles PanthèresBamko-cran asbl, B2000 asbl, Campagne stop répression, Comité des Travailleurs·ses Migrants·tes avec et sans papiers de la CSC Bruxelles, Collectif féministe Kahina, Collectif Solidarity is not a crime, Ecran d’éveil asbl, Éditions du Souffle, European Observatory of Democracy and Peace (EODP), Groupe montois de Soutien aux Sans-Papiers, Hôtel Flambeau, JOC Bruxelles, La Vieille Chéchette, café bouquinerie coopératif de St Gilles – Le Village du Monde, MARCHE DES MIGRANT-E-S, Nouvelle voie anti-coloniale, Observatoire des violences policières en Belgique (ObsPol) – Parti des indigènes de la République (PIR) – Le Poisson Sans Bicyclette ASBL, café féministe – Prisoner’s newsRéseau AdesSOS MigrantsSLAMEKE, Théâtre des Rues

UNITED STAGES , le secteur culturel s’engage pour la justice sociale et migratoire :

Le 140 , Alterbrussels, Alternatives Théâtrales, L’Ancre Charleroi, l’Atelier 210, Arts et Publics, l’Association des Centres culturels de la Communauté française (ACC asbl), les Baladins du miroir, la Balsamine, la Bellone, Bewogen, le Boson, le BRASS, Les Brigittines, le Centre culturel Action-Sud, L’Entrela’ – Centre culturel d’Evere, le Centre Culturel de Thuin Haute Sambre, Choux de Bruxelles Artist Collectives, la Cité miroir de Liège, la Compagnie le Corridor, La Concertation, Culture & Démocratie, l’Escale du Nord, Francofaune, Globe Aroma, le Kaaitheater, De Kriekelaar vzw, le KVS, la Maison de la création, Maison de la Culture de Tournai, La Maison des Cultures de Saint-Gilles, la Maison du Livre, Le Magic Land Théâtre, Mars – Mons Arts de la Scène, Met-x Movingmusic, les Midis de la Poésie, Passa Porta, PointCulture, RAB/BKO, les Riches Claires, le Rideau de Bruxelles, le Senghor – Centre Culturel d’Etterbeek, le Théâtre des 4 mains, Centro Galego de Bruxelas ASBL La Tentation, le Théâtre des Martyrs, le Théâtre La montagne magique, le Théâtre Océan Nord, le Théâtre Varia, le Théâtre de la Vie, l’Union des artistes du spectacle et La Vénerie Centre culturel de Watermael-Boitsfort.

Signataires individuels :

Ana Navarro, Citoyenne – Céline De VosCode Rouge, artiste – Coline Geisen, militante – Eva Maria Jimenez, permanente CSC en charge des travailleurs migrants et sans-papier – Freddy Bouchez, Marche des Migrant-e-s de la région du Centre – Guillermo Kozlowski, philosophe – Jean-Pierre Griez, réalisateur – Julie Jaroszewski, artiste et militante – Joy Slam, Artiste – Luis Martinez Andrade, sociologue mexicain – Luk Vervaet, prisoner’s news – Manu Scordia, dessinateur – Maryam Kolly, sociologue Université Saint Louis – Marie aurore d’ Awans, comédienne – Milena Sardella, citoyenne – Nordine Saidi, militant décolonial et membre de Bruxelles Panthères – Rachid ID YASSINE, Sociologue – Soraya El kahlaoui, sociologue – Kamar Takkal, citoyenne du monde – Véronique Dockx, citoyenne et avocate – Yacob Mahi, théologien, islamologue, docteur en histoire et sciences des religions, acteur associatif, Bruxelles.

[Source : ODP News, image : Justice pour Mawda]


Violence policière interprétée comme légitime défense …

Dimanche 7 juin, plus de 10 000 personnes se réunissent pour dénoncer le racisme institutionnel et en particulier au sein même des forces de l’ordre et les violences policières qui en découlent. Deux jours plus tard, nous apprenons que le Parquet de Bruxelles demande un-non lieu pour un policier tireur. Au delà des discours officiels et policiers, quelle est donc la tactique mise en œuvre pour poursuivre effectivement ces « bavures » policières ?

Nous nous souvenons de l’incident survenu le 17 septembre 2018 à Bruxelles sur le trottoir, lorsqu’un policier tire trois balles vers une personne sans-abri, l’atteignant au thorax et à la jambe. Monsieur AE fut emmené en urgence à l’hôpital et trois mois plus tard condamné pour tentative de meurtre à 5 ans d’emprisonnement!

Et le policier tireur, qu’en est-il ? Une plainte avec constitution de partie civile a été introduite et doit passer en Chambre du Conseil le 9/6/20, soit près de deux ans plus tard. Et que dit le Parquet ? tout simplement, sans motif : il demande le non-lieu pour le policier!

Surprenant s’il en est car, le seul fait d’être policier permettrait donc de demander son non-lieu, sans justification, sans avoir investigué plus avant, sans expertise balistique qui pourrait le cas échéant démontrer ou invalider la thèse de légitime défense.

Sans preuves, le constat médico-légal se contentant d’indiquer que Monsieur AE a effectivement été blessé par 2 balles. C’est tout, quelle distance, quelle profondeur, ceci irait-il étayer la thèse non encore prouvée d’une légitime défense ? Rien, c’est comme ça, pas besoin de preuves comme c’eut été nécessaire pour n’importe quel citoyen : Vous êtes policier ? Pas besoin !

Après l’importante manifestation devant le Palais de justice et dans d’autres villes du pays et de par le monde, la Justice ici précisément nous envoie en pleine figure son mépris. La frustration de toutes ces personnes qui réclament justice dans les cas de violences policière n’en sera que plus grande et justifiée.

Le nombre de violences policières ne fait qu’augmenter et mais leur traitement judiciaire impliquant l’impunité pour les auteurs ajoute à l’injustice pour les victimes. C’est très grave.

En Belgique actuellement, une personne visée par balles policières ne mériterait donc même pas un procès public!

DERNIÈRES NOUVELLES : Affaire remise suite à la demande d’une nouvelle expertise

Ils ont aussi signé :